De la nature aux Hommes
Edena prend sa source au cœur de nos montagnes, dans un paisible écrin naturel. Son nom même tire ses racines de l’île de la Réunion, jardin d’Eden où la nature épanouie transmet son énergie vitale aux Hommes. Une véritable invitation au voyage…
« Magiques », « mythiques », « féériques », les qualificatifs ne manquent pas pour décrire nos si précieuses montagnes. Authentiques, paisibles, idylliques, elles appellent aussi à la découverte de leurs secrets anciens, de leurs histoires légendaires, de leurs panoramas spectaculaires et de leurs décors sauvages.
Toute une histoire
Au commencement était le volcan. Le Piton des neiges, plus ancien édifice volcanique de la Réunion, a vu ruisseler sur ses flancs des millions de litres d’eau depuis qu’il a émergé. Les fortes pluies ont creusé peu à peu de nombreuses ravines d’abord étroites et profondes. Puis elles se sont élargies sous l’effet du ruissellement, formant des remparts en amont. Les cirques étaient nés.
De nombreux glissements de terrain ont ensuite formé des plateaux dans les cirques de Salazie, Cilaos et Mafate : certains deviendront des îlets.
Les Hommes arriveront à Mafate plusieurs centaines de milliers d’années plus tard. Ce sont les marrons qui peupleront Mafate les premiers, ces esclaves en fuite réfugiés dans les Hauts de la Réunion dès le XVIIème siècle. Ils ont bravé tous les dangers et investi les recoins les plus reculés du cirque pour s’emparer de leur liberté.
L’origine du nom Mafate est d’ailleurs intimement liée au marronnage, même si plusieurs hypothèses existent. Une déformation de l’adjectif malgache « Mahafaty » (« qui tue, dangereux »), en référence aux accès périlleux au cirque ? Le nom du chef marron Mafate, premier réfugié dans le cirque ?
4 siècles plus tard, ils ne sont que 800 à vivre à Mafate. Le cirque le plus inaccessible de la Réunion se mérite : vivre à Mafate demande des sacrifices et des compromis, entre ambiance du tan lontan et envie de modernité.
Le célèbre « Messager de Mafate » – un symbole – en est un bel exemple : de 1951 à 1991, Ivrin Pausé a été le seul facteur du cirque. 165 km à pied chaque semaine – l’équivalent d’un Grand Raid – pour aller chercher le courrier sur la côte et l’apporter aux Mafatais ! Depuis, 4 facteurs se relaient, assistés d’un hélicoptère.
Cet écrin si précieux fait aujourd’hui partie du Parc National, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 2010.
Mafate contre Grand-mère Kal
Mais qui est ce Mafate qui aurait donné son nom au cirque ? La fameuse histoire de Grand-mère Kal nous éclaire.
Cette vieille femme, méchante et cruelle avec ses esclaves, cherchait à les mater. Elle fit donc appel à Mafate, un autre esclave acheté sur l’île de Gorée, en Afrique de l’ouest. Cet homme, grand, fort et intelligent ne put supporter la manière dont Grand-mère Kal traitait les autres. Marron, il fuit vers les montagnes, remontant une rivière de galets généreuse, chargée de camarons et de poissons, croisant des arbres qui croulaient sous le poids de leurs fruits.
« C’est un endroit merveilleux ! » réalisa-t-il. Et il redescendit chercher ses amis esclaves pour les emmener vivre avec lui dans ce havre de paix.
Mais l’un d’eux, un traître, vendit la mèche à Grand-mère Kal. La vieille femme fit alors tuer plusieurs marrons. Mafate réussit pourtant à s’échapper et, très en colère, prépara une mixture pour la grand-mère. Quand celle-ci la but, la prenant pour de l’eau, elle se changea immédiatement en corbeau chargé de prévenir les familles d’un grand malheur à venir.
C’est ainsi que les esclaves, libérés du joug de la méchante Grand-mère Kal, rejoignirent Mafate qui devint leur chef et donna son nom au cirque.
Une histoire d’eau
L’eau est au cœur de l’histoire de nos montagnes. Abondante, elle a sculpté les reliefs des cirques. Précieuse, elle fait vivre les Hommes depuis toujours. Pure et fragile, elle est une ressource inestimable pour tous les Réunionnais.
Si le cirque de Mafate a été creusé par les pluies il y a plusieurs centaines de milliers d’années, son lien avec l’eau est resté très fort au fil du temps.
L’ancien îlet de Mafate-les-eaux en apporte la preuve. L’esclave marron Mafate s’était installé auprès d’une source très riche en souffre, au pied du Bronchard. Plus tard, des curistes viendront y soigner leurs problèmes de peau. Dans les années 1860, 3 auberges s’y construisent, ainsi qu’une église et bien entendu des thermes. C’est à cette époque que l’îlet prend son nom. Mais Mafate-les-eaux, en fond de ravine, restait très inaccessible et les cyclones de 1913 eurent raison de la source, ensevelie par l’effondrement du rempart du Bronchard.
Depuis, certains passionnés crapahutent sur ce qu’il reste du CD2, l’ancien accès à Mafate-les-eaux, pour retrouver les vestiges de l’îlet…
Une histoire qui nous montre que l’eau est un bien précieux, resté intact depuis l’arrivée des premiers Hommes. Un bien dont nous aimons encore profiter aujourd’hui. Ne l’oublions pas ! Restons attentifs à préserver sa qualité et sa pureté :
- ne jetons pas nos déchets en pleine nature, même s’ils sont biodégradables,
- ne déversons pas de produits dans les cours d’eau, même pour faire sa toilette ou laver la vaisselle.